2016


Quand je souhaite aux élites de se ressaisir c’est d’abord pour respecter la langue française dans son utilisation, son orthographe, sa grammaire. C’est ensuite pour cesser de se jeter sur la moindre locution anglaise irrespectueuse de la précision d’une expression française.


Le risque n’est pas simplement lié à l’extinction d’une façon de parler, d’écrire, de penser. Le risque est d’abandonner la précision du langage qui a fait du français la langue diplomatique par excellence (un certain nombre de nos élites diplomates devraient y réfléchir). Ne dit-on pas dans certains bureaux des Nations Unies que l’accord de paix entre Israël et les Palestiniens ayant été rédigé en anglo-américain, les imprécisions de langage ont été source de conflits et de violence ?


Mais deux exemples vécus m’incitent à redoubler d’efforts pour le français à contre-courant du laisser aller de l’esprit dominant. Allant à Haïti, à Port au Prince, après le séisme, pour rencontrer les jeunes volontaires français mis à disposition pour relever la ville de ses ruines, quelle extraordinaire surprise ai-je eu d’être accueilli par une petite troupe de jeunes Haïtiens. Dans leur malheur, et au milieu de la désolation, ces jeunes ont récité, sans note, de merveilleux textes d’André Chénier. Je m’imaginais à la sortie d’un lycée en France demandant aux élèves s’ils connaissaient ce grand poète, je redoute la réponse !


Un deuxième moment rare m’a rappelé la fierté de pouvoir parler la même langue que des auteurs populaires aux immenses qualités littéraires. Récemment, allant à la rencontre de travailleurs maliens à Montreuil, l’un d’entre eux, dans un français magnifique, m’expliquait son apprentissage de notre langue commune au lycée de Kayes, étudiant Molière et Corneille. Son désir était d’avoir une autre idée plus accessible de notre langage. Depuis, il a reçu la trilogie de Pagnol. Le français lui apparaît désormais comme drôle et profond à la fois, moderne et expressif de situations populaires.


Quand mon exigence du français dans les échanges quotidiens est parfois considérée comme ringard, je parle de ces jeunes Haïtiens ou de ces travailleurs maliens pour rappeler nos simples devoirs à leur égard.


C’est une façon de préparer l’avenir pour l’emploi, le respect de l’identité et de soi-même. C’est ce que je vous souhaite de plus ardent pour l’an nouveau !


Jacques Godfrain
Président de l’AFAL


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